Le circuit pédestre n°16 : attention fougères

 

Le descriptif de ce circuit est dans le topo-guide :

Pays de Luchon à pied et en voiture, promenades et randonnées,

1 - un fascicule sentiers pédestres numérotés (ronds jaunes et numéros noirs peints sur les rochers affleurants tout au long de votre sentier).
2 - un fascicule promenade en voiture.
3 -  une carte au 1/50 000 visualisant tous les circuits numérotés.
4 - une carte extrait Michelin pour les voitures.

    Distribué par l'office du tourisme, éditions randonnées Pyrénéennes.

Voir la bibliographie.

 

Nous l'avons redécouvert à la mi juillet 2000, il n'était pas encore aménagé comme les années précédentes. En effet dans le Luchonnais, nous pouvons rencontrer au gré des ballades, trois techniciens des chemins : ils sont chargés de les maintenir "ouvert" grâce à des fauches, des aménagements de passages délicats, ... Un grand travail que l'œil exercé repère : sans eux aucun chemin ne pourrait survivre, qu'ils en soient remerciés ici.

 

Le 16 part de la route forestière de Herran qui domine LUCHON versant EST à 1100m et monte dans le bois de Réouère au dessus du plateau de Burbe en versant Sud vers le col du Portillon à 1400 m. Au départ nous traversons 2 couraux : celui de Calège estimé à 2,8 ha (mesures approximatives sur la carte IGN au 1/25 000) et celui de Pouges de 6 ha. Au dessus d'eux la carte nous indique la présence de la fontaine de Belan à 1500 m d'altitude ; elle semble très inaccessible à moins de descendre depuis la cabane des Hours à 1600 m.

Ces anciennes estives sont couvertes de fougère aigle (Pteridium aquilinium) de hauteur moyenne : 1,3 m. C'est en fait une mer de fougères que nous traversons ; heureusement les balises du chemin sont juchées sur des poteaux de bois de 2 m de haut environ. La pente est "douce" : 20 % en moyenne. Le chemin traverse des hêtraies, aux arbres énormes, qui longent les parcelles des couraux. Une première ruine apparaît en contre bas ; elle est signalée par des sureaux et autres arbres caractéristiques des habitats de moyenne montagne.

Il faut veiller aux enfants car pour eux c'est une navigation au dessous du niveau de vision : quelle expédition ! Nous pourrions jouer "aux aventuriers de l'Arche Perdue". Un détail, les fougères ne sont pas seules: le terrain appartient aussi aux orties et à une troisième plante non encore identifiée : sorte de liane herbacée, fragile s'agrippant partout.

Une mesure de la biomasse a donné les résultats suivants :

Sur 1 m² nous avons coupé 39 pieds de fougère + 41 orties (longueur mini : 0,9m ; longueur moyenne : 0.45 m) + 20 pieds de liane râpeuse. Aucune herbe ne sort du tapis végétal de 5 cm d'épaisseur. C'est en fait un empilement de fougères anciennes en cours d'humification. La masse de ces fougères est de 3,9 kg soit une productivité en vert de 38 tonnes par ha. Elle représente une brassée de 23 cm de périmètre à 10 cm de la coupe. La masse d'orties n'est que de 200 g sur ce m².

Pourquoi ces mesures et ces calculs ?

L'état de ces estives est la conséquence de la forte déprise agropastorale du luchonnais, pour y remédier il est nécessaire d'établir un certain nombre de constatations et de vérifier quelques hypothèses. Ces mesures et calculs sont les prémices de ce travail. Si vous souhaitez le parfaire, soyez les bienvenus.

Que peut-on faire avec ces 350 tonnes de fougère faciles à collecter avec les engins agricoles actuels ?

Ø      Litière pour animaux.

Ø      Alimentation animale.

Ø      Compost biologique.

Ø      Complément fibreux pour l'alimentation humaine : quelles toxicité, valeur nutritive, ... ?

Si ces fougères étaient des Dryopt filisi mas nous pourrions produire selon M.RAYMOND (voir les Amis de la Nature) un tonifuge-vermifuge, mais celui ci attaque le nerf optique. Le rhizome contiendrait de l'aspininofilic, de la florogine, de la filmarone, (orthographe à vérifier).

La collecte de ces fougères permettrait la restitution à l'élevage de pacages moins exposés que ceux du Campsaure au moins en mai et en septembre.

 

 

 

Après ces estives abandonnées, le chemin traverse d'autres hêtraies alternant avec de belles chênaies accrochées aux flancs de plus en plus abrupts surplombant le plateau de Burbe. La route menant en Espagne est bien visible et le bruit des voitures remonte du fond de la vallée. Plusieurs passages dangereux ont été travaillés par le passé mais il est fort conseillé d'assurer les jeunes enfants par une longe et de calmer les plus turbulent. Un bâton de marche est nécessaire pour éviter les orties, les éventuels serpents et pour traverser en "ramasse" quelques passages pentus.

Plusieurs falaises et affleurements rocheux sont contournés par le sentier qui fait des lacets dans les arbres. Plusieurs abris sous roches de tailles conséquentes sont occupés par un petit troupeau de chèvres. En fait le chemin est détecté au pied sous les fougères et les grandes herbes : c'est la partie "plate" qui confirme sa présence peu visible du dessus même lorsque nous repassons au retour.

Outre la nécessité évidente d'entretien par nos amis techniciens il semble que la transhumance de chèvres suivies par des moutons permettraient un entretien "écologique" de cette sente d'altitude. En fait nous avons perdu le bon sens des anciens à cause des moyens techniques dont nous disposons. Pourquoi ne pas s'assurer les bons offices d'un berger dont le travail serait de mener 3 à 4 fois dans l'année son troupeau de 50 têtes le long de ce chemin et de bien d'autres. Il recevrait un complément de revenu ce qui pourrait être suffisant pour décider quelques "jeunes" et moins jeunes à rester ou à revenir au pays. C'est bien cette synergie entre tourisme et pastoralisme qui est tant appréciée par les promeneurs, qu'ils soient autochtones ou "étrangers" à la vallée.

On dit par ailleurs qu'un "canadair" : bombardier d'eau contre les incendies pourrait être substitué par 10 000 chèvres et moutons car le nettoyage permanent par ces animaux prévient grand nombre de départs de feu ; de plus la présence de chiens et de bergers fait réfléchir les pyromanes ; mais c'est un autre sujet.

En fait non, plusieurs bois ont été brûlés ces dernières années ; le chemin passe sous de gros chênes noircis par le feu : ils se dressent au dessus du tapis vert comme des témoins morts d'un écobuage mal contrôlé et non réparé par les hommes. Il faut dire que la pente y est souvent très forte.

Le chemin redescend ensuite vers la route du Portillon. Il est cependant possible de rejoindre le col par une piste forestière qui passe par la cabane abandonnée (encore une) de Coumetadous.